La clôture de la session ordinaire d’octobre 2025 aura ne opportunité pour le président du Conseil économique et social (CES), Jean-Pierre Kiwakana Kimayala, d’esquisser les contours d’un nouvel élan civique : une gouvernance fondée sur la responsabilité, un engagement national renouvelé et un patriotisme vécu au quotidien.
Un discours d’une rare intensité, non pas pour décrire ce qui ne va pas, mais pour dire ce qu’il faut désormais faire.
Le président du CES a rappelé que l’époque des analyses sans conséquences touche à sa fin : place à « l’action lucide et disciplinée », portée par une éthique publique exigeante et par une volonté de redresser la trajectoire collective.

Dans son évaluation de la situation nationale, Jean-Pierre Kiwakana n’a pas cherché à contourner les fragilités structurelles du pays. Son constat est sans ambiguïté : « Notre pays tire sa principale source de revenus de l’exploitation minière. La surexposition de l’économie de la RDC au secteur primaire est une source d’inquiétude ».
Ce rappel agit comme un électrochoc : difficile de bâtir une prospérité durable lorsque l’économie reste prisonnière d’un seul pilier. D’où son appel à une transformation en profondeur, portée par l’État et soutenue par des politiques publiques cohérentes :
« Des investissements publics conséquents, couplés à de profondes réformes dans les secteurs identifiés comme secteurs clés, sont susceptibles de provoquer un choc positif de nature à recréer un environnement propice à la croissance économique, à l’entreprenariat et au développement ». Il en ressort une orientation claire : rompre avec les dépendances historiques et engager la RDC sur la voie d’une diversification assumée, souveraine et créatrice de richesse réelle.
Le climat, un axe stratégique pour la RDC
Jean-Pierre Kiwakana est allé au-delà des frontières sectorielles pour situer la RDC dans les grands équilibres mondiaux.
Dans son intervention, le climat n’a pas été un thème secondaire, mais un axe stratégique où le pays peut peser. En évoquant la COP30 et le rôle du Bassin du Congo, le président du CES a mis en avant une vision qui articule développement, protection des écosystèmes et justice sociale :
« Le Couloir Vert Kivu-Kinshasa est une initiative emblématique pour faire de la RDC un leader climatique africain, en conciliant conservation, inclusion sociale et développement durable ».

Ce projet qu’il présente comme une colonne vertébrale du positionnement climatique congolais, se veut un outil d’intégration et de transformation : « Le Couloir Vert se positionne ainsi comme un projet intégré capable de transformer les engagements de Belém en actions concrètes au bénéfice du climat et des populations locales ».
Cette approche inscrit désormais le CES au cœur de la diplomatie climatique, non plus comme une institution d’appui, mais comme un acteur producteur de solutions.
C’est toutefois sur le terrain moral et citoyen que Jean-Pierre Kiwakana a livré la partie la plus vibrante de son discours. Un message parfois rude, mais profondément fédérateur, lancé pour réveiller une conscience nationale parfois fragilisée.
« Le sursaut doit être collectif et immédiat. Le patriotisme n’est pas un vocable dont on ne s’affuble que lors des grandes occasions. C’est une philosophie qui consiste sans relâche, dans chaque geste du quotidien, à rechercher le meilleur pour son pays ».

Dans son propos, le patriotisme doit devenir alors une pratique quotidienne, une discipline intérieure, presque une hygiène morale qui oblige chacun. Le président du CES a renforcé cette idée par une image qui a marqué l’audience : « La patrie est notre mère, la nation est notre enfant. L’une doit être respectée et chérie, l’autre doit être protégée, guidée, nourrie. Ceci est un devoir sacré et tous les Congolais doivent en avoir conscience ».
Une interpellation directe, adressée autant aux institutions qu’aux citoyens, et qui replace l’engagement civique au centre de la responsabilité collective.
Au-delà du discours, la session s’est distinguée par un ensemble de travaux substantiels.
Le CES a produit des avis et notes techniques touchant à l’éducation, à l’agriculture, à l’aquaculture, aux infrastructures et à la gouvernance associative, tout en s’investissant dans les travaux internationaux de l’AICESIS et de l’UCESA.
Ces dynamiques institutionnelles ont également conduit à l’adoption du nouveau règlement intérieur, pilier d’une gouvernance modernisée. Autant d’éléments qui attestent d’un Conseil actif, méthodique, et résolument tourné vers l’impact public.

Entre lucidité économique, ambition climatique et exigence patriotique, le président du CES dessine les contours d’un Conseil plus influent, plus engagé et plus proche du pays réel. Un message qui vise à replacer les valeurs, l’action et l’intégrité au cœur de la transformation nationale.
Osée MABIALA