Accords déséquilibrés, bail de 99 ans au profit de Washington, bradage des minerais stratégiques pour protéger le pouvoir… Face à ces rumeurs persistantes, le gouvernement congolais a choisi la voie de la transparence. Pendant près de deux heures, exemplaires des accords signés le 4 décembre en main, le tandem Daniel Mukoko-Samba et Patrick Muyaya s’est livré à un exercice de pédagogie pour déconstruire les suspicions de l’opinion publique et des prélats catholiques.
Convergence d’intérêts et enjeux sécuritaires
Au cœur du rapprochement entre la RDC et les États-Unis se trouve une convergence d’intérêts pragmatique. Pour Washington, l’accès aux métaux critiques est vital ; pour Kinshasa, la fin de l’instabilité à l’Est est une priorité absolue. Daniel Mukoko-Samba, Vice-Premier ministre de l’Économie, souligne que cette alliance répond à une nécessité industrielle mondiale : « Notre pays regorge de ressources naturelles, notamment des métaux critiques dont les pays développés ont besoin pour maintenir leur technologie militaire à la pointe dans un contexte de rivalité entre superpuissances ».
Face aux critiques dénonçant une protection du régime au détriment de la patrie, le VPM rétorque que cet accord est un outil pour contrer le pillage actuel. Il fustige l’augmentation des exportations de coltan par des pays voisins non-producteurs : « C’est ça, le vrai pillage qui se déroule depuis quelques décennies. Cet accord a justement pour objectif de mettre un terme à ce pillage, en remplaçant le régime actuel de prédation par un régime où il y a des vrais investisseurs ».
L’un des points saillants est l’article 11, prévoyant une réserve stratégique de minéraux sur le sol congolais pour que le pays puisse enfin « peser » sur les cours mondiaux du cobalt.
Un cadre diplomatique et une durée encadrée
Loin d’un simple contrat commercial, cet accord propulse la RDC dans un cercle diplomatique restreint. Patrick Muyaya, ministre de la Communication, précise : « Nous sommes parmi les cinq pays africains qui ont une relation privilégiée ou partenaire stratégique avec le gouvernement américain ».
Contrairement aux craintes exprimées par certains prélats catholiques évoquant une aliénation sur près d’un siècle, le texte définit un cadre souple et souverain. Daniel Mukoko-Samba est catégorique sur la durée de l’engagement : « Le document n’est pas un contrat avec une durée… il est prévu qu’il doit être revu tous les trois ans ». Il ajoute, concernant les rumeurs de 99 ans, que « si un jour une des parties choisit de sortir de cet accord, le préavis est d’une durée de 5 ans ». Ce mécanisme de révision triennale et de retrait quinquennal contredit formellement l’idée d’une cession perpétuelle.
Les trois piliers de l’investissement
L’accord structure les investissements en trois catégories distinctes pour éviter toute opacité.
Le premier volet concerne les projets stratégiques nationaux qui consistent en des infrastructures désignées par la RDC elle-même, telles qu’Inga 3 ou le corridor de Lobito, afin que ces réalisations contribuent à « la transformation industrielle de la RDC, notamment par la création de valeur ajoutée et d’emplois » comme l’affirme le ministre.
Le deuxième se concentre sur les concessions étatiques libres, visant des actifs miniers appartenant à 100 % à l’État, où des partenaires américains pourront investir dans le strict respect du Code minier congolais.
Enfin, une troisième catégorie englobe les actifs stratégiques qualifiés qui regroupent les projets où l’État n’est pas majoritaire mais souhaite attirer de nouveaux capitaux pour relancer la production nationale.
Gouvernance et transparence
L’accord mise sur une gestion paritaire. Le Comité de pilotage conjoint, composé de cinq membres de chaque côté, est le centre décisionnel. Mukoko-Samba insiste sur la protection de la souveraineté : « Le comité conjoint de pilotage prend ses décisions par consensus. Aucune décision ne pourra être adoptée tant qu’un consensus n’aura pas été atteint ». Cela signifie qu’aucune partie ne peut imposer sa volonté à l’autre.
Sur le plan fiscal, aucune faveur n’est accordée en dehors des lois existantes. Le gouvernement s’est engagé à amender la loi de 2014 pour offrir un cadre général et transparent. « Ce traitement ne peut être accordé que par les lois. L’accord ne contient pas de traitement particulier ou d’incitation fiscale », affirme le ministre de l’Économie.
Cet accord RDC-USA se présente comme un cadre de coopération de long terme visant à substituer une économie de prédation par une économie de partenariat industriel. En démentant les rumeurs de cession de 99 ans et en instaurant un mécanisme de décision par consensus, les autorités congolaises tentent de démontrer que la souveraineté est utilisée comme un levier diplomatique pour stabiliser le pays et capter des investissements stratégiques. La réussite de ce pari dépendra désormais de la capacité du comité de pilotage à transformer ces intentions en projets concrets dès mars 2026.
Hugo Robert MABIALA