Kolwezi face au choléra : Prof. Malick Muamba établit un lien direct entre l’épidémie et l’arrêt des travaux d’assainissement

La recrudescence des maladies hydriques à Kolwezi, chef-lieu de la province du Lualaba, remet au premier plan la question de l’assainissement des cours d’eau. Face à la situation sanitaire préoccupante, un spécialiste en environnement appelle l’État congolais à relancer et renforcer les actions de curage et de traitement des rivières pour prévenir de nouvelles crises.

S’exprimant jeudi lors d’un échange avec l’ACP à Kinshasa, le professeur docteur Malick Muamba Tshibangu, expert en environnement et assainissement, établit un lien direct entre l’épidémie actuelle de choléra et l’arrêt des travaux d’assainissement engagés dans la ville minière.

« Aujourd’hui, la ville de Kolwezi est confrontée à une épidémie de choléra, situation qui confirme les alertes et analyses prospectives que j’avais formulées antérieurement pour prédire le risque élevé de survenue d’une crise sanitaire en l’absence de la poursuite effective des interventions d’assainissement des cours d’eau dans la ville de Kolwezi », a-t-il indiqué.

Selon lui, cette situation illustre la corrélation étroite entre la dégradation de l’environnement et la propagation des maladies hydriques. Il insiste sur la nécessité de considérer le curage, la désinfection et le traitement des rivières comme des actions structurantes de santé publique, et non comme des interventions ponctuelles.

Le spécialiste rappelle que des travaux d’assainissement avaient été initiés par le Secrétariat général de l’Environnement, à travers la Direction de l’Assainissement, notamment à Kolwezi, dans le cadre de la prévention du choléra et d’autres maladies liées à l’eau. Toutefois, ces opérations ont été ralenties puis interrompues pour des raisons non élucidées, compromettant la continuité des efforts engagés.

La défécation à l’air libre, un facteur aggravant

Au-delà de l’assainissement des rivières, le professeur Muamba pointe également la défécation à l’air libre (FDAL) et la pollution des cours d’eau comme des défis majeurs de santé publique en République démocratique du Congo. L’exposition permanente aux eaux contaminées et aux déchets favorise la propagation de pathologies telles que le choléra, la diarrhée et diverses infections parasitaires, affectant particulièrement les enfants et les populations vulnérables.

Dans ce contexte, le programme FDAL, placé sous la responsabilité de la Direction de l’Assainissement du ministère de l’Environnement, Développement durable et Nouvelles économies du climat, vise à éradiquer ces pratiques à risque et à restaurer la salubrité des milieux de vie, en cohérence avec les objectifs nationaux et internationaux de développement durable.

Valoriser les déchets pour une énergie verte

Parallèlement à son plaidoyer pour l’assainissement, le professeur Malick Muamba Tshibangu est également auteur d’une thèse de doctorat soutenue en 2025, consacrée à la transformation des déchets aquatiques en énergie verte. Intitulée « Application et validation du modèle MMT pour la transformation des déchets aquatiques en énergie verte à Kinshasa : une approche de management de qualité », cette recherche met en lumière les limites actuelles des systèmes de gestion des déchets.

« Notre étude souligne qu’en dépit des efforts institutionnels, seule une minorité de la population bénéficie de services de collecte ou de traitement des déchets. Par ailleurs, les zones riveraines sont particulièrement touchées. Dès lors le modèle entrepreneurial local reste encore peu développé dans le secteur de l’économie bleue, alors même qu’il pourrait régénérer des emplois, réduire la pauvreté et répondre aux Objectifs du développement durable (Odd) notamment ceux liés à l’environnement, à l’énergie propre et au travail décent », avait-il expliqué.

Le modèle de management « Malick Muamba Tshibangu » (MMT) qu’il propose repose sur une synergie entre acteurs publics, privés et communautaires, à travers un système décentralisé de tri, de recyclage et de transformation énergétique des déchets aquatiques. Une approche qui, selon lui, pourrait contribuer durablement à la prévention des crises sanitaires tout en soutenant le développement économique local.

Osée MABIALA

Total
0
Shares
Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts