Des files de véhicules à perte de vue, des heures passées dans les embouteillages, des conducteurs contraints de slalomer entre les nids-de-poule, les crevasses, des travaux inachevés depuis des années, des immondices qui jonchent les routes, des eaux stagnantes… La circulation et la sécurité routière à Kinshasa s’imposent aujourd’hui comme un problème épineux, mêlant indiscipline chronique et défaillances structurelles. Si le non-respect du Code de la route par les usagers est une réalité quotidienne, force est de constater que la ville -mieux l’État congolais- manque également à ses propres obligations légales. Dans ce contexte de saturation, la récente sortie médiatique du gouverneur de la ville mérite d’être saluée pour sa fermeté, bien qu’elle souligne l’impérieuse nécessité d’une réponse bilatérale : celle de la règle et celle de l’infrastructure.
Un sursaut d’autorité nécessaire
Face au chaos des embouteillages, le gouverneur a tenu à clarifier les enjeux de sa politique. Il affirme avec gravité que « l’indiscipline routière et le désordre dans le secteur du transport pénalisent la productivité, notre sécurité et notre qualité de vie ». Pour y remédier, l’autorité urbaine annonce le déploiement, dès le 26 janvier 2026, d’une mission mixte de 3000 agents. Objectif: « le respect du code de la route n’est plus une option mais une obligation ».
Cette fermeté s’inscrit dans l’esprit de l’Ordonnance-loi n°78-022, dont l’article 3 dispose que « la circulation routière doit s’effectuer dans des conditions assurant la sécurité des personnes et des biens ». En exigeant strictement le permis de conduire, le contrôle technique et l’assurance, le gouverneur rappelle que la loi est le socle de la vie en communauté.
Le maillon faible de la légalité

Cependant, cette volonté politique se heurte à une réalité délétère. La ville manque cruellement de routes praticables, de feux de signalisation et de marquages au sol. Or, l’article 7 du Code de la route stipule que les voies ouvertes à la circulation « doivent être maintenues en bon état de viabilité et dotées des équipements nécessaires à la sécurité ». De même, l’article 10 impose que toute voie « doit comporter une signalisation conforme aux normes ».
Il est difficile d’exiger une discipline absolue là où l’État faillit à sa mission technique. La Loi n°15/012 du 1er août 2015 renforce cette obligation en son article 4, précisant que la voirie doit « assurer la circulation sûre et continue ». Tant que les nids-de-poule, l’éclairage public et l’absence de panneaux domineront le paysage, la répression seule ne pourra garantir la fluidité.
Au-delà de la répression, le devoir d’exemplarité

Le défi est aussi humain. Le comportement souvent décrié des agents de la police de circulation routière et les pratiques illicites de perception de frais occultes sapent l’autorité de l’État. Si le gouverneur martèle que « ces mesures ne sont pas des sanctions contre la population, elles sont une protection de tous », l’efficacité de cette protection dépendra de l’intégrité de ceux qui l’appliquent. D’aucuns parmi les Kinois appréhendent déjà les abus policiers. Pour certains, cette opération est du pain béni pour la PNC.
Il convient de rappeler que la bonne foi du premier citoyen de la ville, bien que louable, ne suffira pas à transformer Kinshasa. Pour que la réforme soit un « succès collectif », l’État doit d’abord remplir ses devoirs légaux en investissant dans l’aménagement selon les « normes techniques en vigueur » (Article 21 de la loi de 2015). Une vérité demeure: l’usager doit l’obéissance, mais l’État doit la route.
Hugo Robert MABIALA