La séquence d’une conférence de presse à la Maison-Blanche a fait l’effet d’une bombe à Kinshasa. Interpellé par la journaliste angolaise Hariana Veras sur l’agression rwandaise dans l’Est de la RDC, Donald Trump a opposé légèreté et diversion. L’extrait illustre le décalage stratégique entre la quête américaine de minerais critiques et l’indifférence flagrante au drame humain qui ravage le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et l’Ituri.
En quelques minutes, l’illusion diplomatique américaine dans la région des Grands Lacs a révélé ses failles. Confronté à des questions documentées sur les violations répétées des accords de paix -notamment celui signé en décembre 2025 sous sa propre médiation- Trump a livré un exercice d’esquive choquant, réduisant un drame sécuritaire majeur à un spectacle folklorique et à une simple crise sanitaire.
La condescendance décomplexée
L’échange s’ouvre sur un terrain hautement stratégique. Alors que Hariana Veras interroge le Président américain sur la volonté des États-Unis d’importer des ressources africaines pour leurs projets industriels, un conseiller précise sans détour les ambitions de Washington : l’approvisionnement en matériaux indispensables, tel le manganèse, difficilement accessible sur le sol américain.
Mais dès que la question glisse vers la responsabilité politique de Washington, Trump choisit la dérision. « Elle aime l’Afrique ! », lance-t-il en esquissant un sourire amusé. « Elle pose toujours des questions sur l’Afrique, elle ne parle jamais d’un autre endroit, et c’est comme ça que ça devrait être, non ? »
Par cette attitude paternaliste, le Chef de l’État américain désarme la portée géopolitique du sujet. En réduisant la consœur à une prétendue obsession affective pour son continent, il dépolitise l’enjeu et ravale la souveraineté d’un État agressé au rang de simple sujet d’affection personnelle.
L’Ebola comme paravent géopolitique
La suite est tout aussi choquante. Hariana Veras rappelle les médiations passées et replace les faits au centre : « Vous avez réuni les deux présidents, Kagame et Tshisekedi, à la Maison-Blanche. Ils ont signé l’accord de paix, mais le Rwanda continue de le violer. Prévoyez-vous de prendre des mesures sérieuses ? », insiste-t-elle, précisant revenir de RDC avec des preuves de massacres continus.
Confronté à l’accusation directe visant Kigali, Trump opte pour la diversion : « Comment va la situation avec l’Ebola ? », coupe-t-il brutalement.
Cette pirouette verbale est révélatrice. Le Président américain ramène la RDC à un réceptacle de calamités naturelles pour éviter d’accuser ouvertement son allié Kagame ou d’évoquer des sanctions économiques. Mais la journaliste angolaise ne se laisse pas déstabiliser : « Ebola est sous contrôle, mais le plus grand problème, c’est la guerre », réplique-t-elle.
L’illusion de la diplomatie du spectacle
L’épilogue de la séquence dévoile une doctrine étrangère américaine fondée sur le slogan plus que sur la rigueur géopolitique. « Nous avons mis fin à la guerre entre le Congo et le Rwanda. S’il y a un problème, nous y mettrons fin », affirme Trump avec assurance, avant de conclure : « Je vais m’assurer que tout s’arrange. C’est ce que je fais ».
À l’heure où les grandes puissances se disputent les minerais stratégiques indispensables à l’industrie moderne, la tragédie sécuritaire du Grand Kivu se heurte à un mur d’indifférence.
MATSHI Darnell