Devant la Cinquième Commission de l’Assemblée générale, la représentation des États-Unis a réaffirmé sa volonté de restructurer en profondeur le fonctionnement et le train de vie de l’institution. Un plaidoyer porté au nom des contribuables américains.
L’exercice budgétaire des Nations unies ressemble rarement à un théâtre d’affrontements spectaculaires, mais Washington sait en faire un levier de pouvoir sans équivalent. En ouverture des travaux de la Cinquième Commission de l’Assemblée générale, l’organe stratégique chargé des finances et de l’administration de l’ONU, la délégation américaine a clairement rappelé le poids de son chèque.
Les États-Unis demeurent, de très loin, le premier financeur des Nations unies, a martelé l’ambassadeur Jeffrey Bartos, représentant américain pour la gestion et la réforme, dès les premières minutes de son allocution le 5 octobre. Évitant les fioritures de la rhétorique diplomatique classique, il a réclamé un retour sur investissement mesuré en résultats, et non en intentions.
Attaque frontale contre les privilèges du Secrétariat
Forts de la réduction de 4,3 % proposée pour le budget ordinaire de 2027, soit plus de 147 millions de dollars de coupes, les États-Unis entendent accélérer la cadence. Pour la mission américaine, l’austérité ne saurait se limiter à un simple toilettage comptable ou à la suppression de postes subalternes. C’est le sommet de la pyramide bureaucratique qui est directement visé.
Washington dénonce ouvertement la prolifération des cadres dirigeants. Les États-Unis exigeront une réduction réelle du personnel de haut niveau, et non une opération de pure forme qui préserverait des structures de direction surchargées au sommet, a tranché Bartos, fustigeant une grille des salaires onusienne jugée déconnectée de la réalité.
Selon les chiffres avancés par la délégation, les hauts fonctionnaires de niveau D-2 perçoivent à New York jusqu’à 24 % de plus que leurs homologues de la fonction publique américaine.
Les avantages sociaux de la bureaucratie internationale sont également dans le collimateur, entraînant notamment le plafonnement des allocations familiales à trois enfants, la fin de la prise en charge des frais d’études supérieures et la suppression brute des primes de mobilité.
Sur le volet du train de vie, l’émissaire américain a réclamé l’interdiction pure et simple de la classe affaires pour les déplacements du Secrétariat, estimant que l’institution doit cesser de tolérer des pratiques indéfendables dans toute institution publique ou privée soucieuse de rigueur budgétaire. Même le réseau des coordinateurs résidents dans les pays à revenus élevés se voit contesté dans son financement par le budget ordinaire.
L’alignement sur l’agenda de politique intérieure
A en croire un ancien diplomate, ce réquisitoire s’inscrit en droite ligne avec la doctrine étrangère américaine, soucieuse de démontrer à son opinion publique la bonne utilisation des deniers nationaux. En sommant l’ONU de revenir à l’essentiel en faisant moins, en le faisant mieux, Washington réaffirme sa vision d’un multilatéralisme restreint, technique et comptable.
Cette offensive américaine s’inscrit dans le prolongement direct des coupes drastiques et des lois de révision budgétaire imposées par Donald Trump dès son retour au pouvoir, lesquelles ont déjà asséché massivement les comptes des agences onusiennes et des opérations de paix, confirmant la volonté méthodique de Washington de plier le multilatéralisme aux exigences unilatérales de sa politique de rigueur.
MATSHI Darnell