Mardi 13 octobre dans la soirée, Vital Kamerhe a parlé. Et son discours est à entendre, à lire, mais pas seulement. Il faut aussi lire entre les lignes, l’homme étant de ceux qui choisissent bien leurs mots et la tournure qu’il faut.
Si l’élément déclencheur immédiat de cette prise de parole est la naissance du mouvement rebelle « Front pour la Refondation de la Nation » (FRN) dirigé par l’ancien président de la République Joseph Kabila, limiter l’allocution de Kamerhe à une simple réplique ou à un soutien aveugle au pouvoir en place serait une lecture incomplète.
À l’analyse, on comprend vite que ce discours de Vital Kamerhe s’adresse tout autant à Joseph Kabila qu’à l’Union sacrée et à la classe politique congolaise dans son ensemble.
Un plaidoyer contre la logique des armes
Dans un décor et un ton solennel, le président de l’Union pour la nation congolaise (UNC) -allié à Tshisekedi par la coalition CACH- appuie sa démonstration sur une légitimité d’homme de terrain et surtout d’homme d’État. Invoquant son expérience dans la gestion des conflits, il pose deux convictions fondamentales comme préalable. La première : « aucune divergence n’est insurmontable lorsque ceux qui s’opposent placent l’amour de la patrie au-dessus de leurs intérêts particuliers ». La seconde soulève une question de bon sens démocratique face à la tragédie humaine : « À quoi bon prendre les armes pour finir autour d’une table de négociation, alors que le dialogue aurait pu permettre d’éviter tant de pertes humaines ?».
S’adressant directement à l’ancien président Joseph Kabila et aux responsables du nouveau mouvement armé, Vital Kamerhe formule une condamnation sans équivoque de l’aventure militaire. Il les exhorte à « renoncer à leur projet et à privilégier la voie du dialogue », tout en contestant la légitimité éthique de leur démarche. Selon lui, « quelles que soient nos frustrations, nos divergences ou nos ambitions, rien ne saurait justifier que nous prenions les armes contre notre propre pays, au risque de sacrifier davantage de vies congolaises ». Le message est net : le recours à la violence ne constitue en rien une solution politique.
Cependant, l’analyse du texte révèle un avertissement à l’égard de Kinshasa et du pouvoir de Félix Tshisekedi, dont les velléités de changement de la Constitution alimentent les tensions. En appelant à « mettre fin à ce cycle interminable de conflits suivis de dialogues », celui qu’on appelle « Le Pacificateur » rappelle à la classe dirigeante ses propres responsabilités dans la fragilisation de l’espace démocratique et la persistance de la crise.
Un appel au peuple et aux voisins
Dans son message, Kamerhe émet le vœu de voir une RDC pacifiée, où chaque citoyen peut « défendre ses convictions sans prendre les armes, exercer ses droits sans craindre pour sa vie et construire son avenir sans être chassé de chez soi ».
Ce n’est pas tout. Kamerhe exhorte également la classe dirigeante à placer la gouvernance au niveau des attentes sécuritaires et sociales : « Votre sécurité doit passer avant nos calculs, votre avenir doit passer avant nos carrières, et votre droit de vivre doit s’imposer à toutes les ambitions ». Pour les observateurs avertis, c’est une critique à peine voilée des dérives, de la répression politique et des calculs politiciens qui prévalent à Kinshasa au détriment de l’intérêt général.
L’interpellation s’élargit ensuite aux pays voisins, en particulier le Rwanda et les États de la région des Grands Lacs, à travers un plaidoyer pour une diplomatie régionale renouvelée. Réaffirmant son souhait que « la paix règne au Congo, dans l’ensemble de la région des Grands Lacs et dans tous les autres pays », Kamerhe résume son exigence de souveraineté et de coexistence pacifique par une formule aussi simple qu’éloquente : « Le Congo doit aimer le Congo et l’Afrique doit aimer l’Afrique ». Il évoque la Conférence d’Accra d’avril 1958 et rappelle aux capitales voisines les principes fondateurs du panafricanisme, fondés sur « la constitution d’un bloc africain » et « la solidarité entre Africains », appelant à rompre avec les ingérences et les agressions par procuration.
Par ailleurs, l’ancien président de l’Assemblée nationale s’adresse directement au peuple congolais dans toute sa diversité. Il rappelle que la nation est un ensemble « où les quelque 450 ethnies qui la composent vivent ensemble dans la paix, la convivialité et le respect mutuel ». Il lance un cri du cœur sous forme de question existentielle : « Congolaises, Congolais, qu’attendons-nous pour nous entendre ?».
En plaçant la dignité humaine au centre de son propos, Vital Kamerhe ne se contente pas de dénoncer la logique des armes : il rappelle que la politique n’a de sens que lorsqu’elle protège la vie et l’avenir des citoyens. Son appel à « mettre la sécurité du peuple au-dessus des carrières » résonne comme une exigence morale adressée à toutes les élites, au pouvoir comme dans l’opposition. En définitive, ce discours dépasse la polémique immédiate pour s’inscrire dans une vision plus vaste : celle d’un Congo où la valeur suprême n’est ni le pouvoir ni l’ambition, mais le droit inaliénable de chaque Congolais à vivre en paix, à exercer ses droits et à transmettre l’espérance aux générations futures.
MATSHI Darnell