Prison de Makala : 16 000 détenus pour 2 500 places, Guillaume Ngefa suspend les nouvelles admissions

Avec 16 000 détenus pour une capacité initiale de 2 500 places, la prison de Makala fait face à une surpopulation extrême. Le ministre de la Justice annonce la suspension des nouvelles admissions et l’examen des situations médicales de certains prisonniers pour tenter de désengorger l’établissement.

« Les détenus sont même dans les couloirs. » Ce constat de Guillaume Ngefa Atondoko résume l’ampleur de la crise qui frappe le Centre pénitentiaire de Kinshasa, communément appelé prison de Makala. Face à une population carcérale plus de six fois supérieure à sa capacité initiale, le ministre d’État, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, a annoncé la suspension de l’accueil de nouveaux prisonniers jusqu’à l’amélioration des conditions de détention.

Cette décision a été présentée jeudi 22 octobre 2026, au studio Maman Angebi de la RTNC, lors d’un briefing de presse animé conjointement avec le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya Katembwe.

Conçue pour accueillir 2 500 personnes, la prison de Makala compte actuellement environ 16 000 détenus. Un écart qui met les moyens de l’établissement sous une pression considérable. « Cette situation exerce une pression considérable sur les ressources alimentaires, sanitaires et logistiques de cet établissement pénitentiaire », a expliqué Guillaume Ngefa.

Le ministre a également dénoncé le décalage entre les ressources disponibles et le nombre de personnes incarcérées. « Aujourd’hui, nous comptons 16 000 détenus avec le même budget qui avait été calculé pour 2 500 personnes », a-t-il déclaré.

Pour réduire cette pression, le ministère entend identifier les détenus souffrant de problèmes de santé et soumettre leur situation à des évaluations médicales. Les résultats devront permettre de déterminer les cas nécessitant une prise en charge particulière et susceptibles de justifier une libération pour raisons humanitaires.

« Certains détenus pourraient bénéficier d’une mise en liberté provisoire, en collaboration avec les autorités judiciaires compétentes », a indiqué le ministre.

Cette possibilité ne signifie pas une libération automatique des personnes malades. Les décisions devront être examinées au cas par cas, conformément aux procédures légales et en tenant compte de la situation judiciaire des personnes concernées.

Guillaume Ngefa a notamment signalé la présence de détenus souffrant de maladies, dont le choléra et l’insuffisance rénale, ainsi que de personnes présentant des troubles de santé mentale. L’objectif est d’identifier les situations qui exigent une réponse médicale urgente.

La suspension des admissions, formalisée dans une circulaire du ministère de la Justice datée du 21 octobre 2026, est présentée comme une mesure exceptionnelle, conservatoire et provisoire destinée à éviter une nouvelle dégradation des conditions de détention.

La situation de Makala reflète des difficultés qui dépassent les limites de cet établissement. D’après les chiffres présentés par le ministre, les prisons congolaises comptent 52 095 détenus, parmi lesquels 5 683 condamnés. La majorité des autres personnes incarcérées sont donc encore en attente de l’issue de leur procédure judiciaire.

Le manque de magistrats, les lenteurs dans le traitement des dossiers et les difficultés d’accès aux juridictions contribuent à maintenir les établissements pénitentiaires sous pression.

Pour Guillaume Ngefa, une réponse durable suppose également de revoir la place de l’emprisonnement dans le traitement des infractions. Il préconise un recours accru aux mesures alternatives pour les faits de faible gravité, en tenant compte de la nature des infractions et de la dangerosité éventuelle des personnes concernées.

Le ministre souhaite aussi faire évoluer la fonction de la prison. « La prison n’est pas un endroit de punition », a-t-il affirmé, estimant qu’elle doit plutôt être « un lieu de rééducation ».

Dans cette perspective, une collaboration avec le Service national est envisagée pour permettre à certains détenus d’acquérir des compétences professionnelles susceptibles de faciliter leur réinsertion après leur libération.

Entre la suspension des nouvelles admissions, l’examen des situations médicales et la réforme de la politique pénitentiaire, le gouvernement entend répondre à l’urgence carcérale tout en s’attaquant aux facteurs qui entretiennent la saturation des prisons congolaises.

Osée MABIALA

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