Nouveau coup de théâtre à l’aéroport international de N’djili. Ce dimanche 25 octobre, trois des principales figures de l’opposition ont fait face à une intervention des services de la Direction générale de migration (DGM) lors des formalités d’embarquement à destination de Rome. Si le président de l’Engagement pour la citoyenneté et le développement (ECiDé), Martin Fayulu, et le député national Jean-Baptiste Kasekwa ont finalement récupéré leurs documents de voyage après une rétention temporaire, le sort réservé à Prince Epenge s’avère plus incertain.
Ce cadre de la plateforme Lamuka s’est vu retirer son passeport sans obtenir de notification administrative officielle sur place. Dans un communiqué rendu public à la suite de cet événement, le service de communication de Martin Fayulu fustige une procédure jugée abusive, déplorant que le document « demeure, à cette heure, retenu par les services de la DGM, sans qu’aucune justification valable ne lui ait été communiquée ».

De sources proches de Lamuka, l’on apprend que les agents des frontières auraient justifié cette décision par un dossier en justice concernant Prince Epenge. Il s’agirait de l’enquête relative au décès de son garde du corps, Manassé Lomboto, survenu dans des circonstances troubles en marge de la marche organisée par la coalition C64 le 15 septembre dernier à Kinshasa.
Cette argumentation officieuse est rejetée par les cadres de l’opposition, qui dénoncent une instrumentalisation de l’appareil sécuritaire et judiciaire à des fins de harcèlement politique. Déterminé à faire valoir les droits de son collaborateur, le leadership de l’ECiDé réclame « la restitution immédiate du passeport de Prince Epenge, afin qu’il puisse exercer librement son droit de circulation et rejoindre, sans entrave, le reste de la délégation à Rome ».
Le communiqué exhorte par ailleurs le pouvoir exécutif à « prendre leurs responsabilités et veiller au respect des droits et libertés fondamentaux garantis par la Constitution de la République ».
Le déplacement à Rome des dirigeants de la coalition C64 s’inscrit dans une séquence politique particulièrement décisive. La majorité au pouvoir ainsi que l’ensemble de la classe politique scrutent attentivement les orientations que compte adopter cette alliance face aux grands enjeux du moment.
L’opinion publique attend notamment une prise de position claire sur la récente prise de commandement du Front républicain national (FRN), né des cendres encore chaudes de l’AFC/M23, par l’ancien président Joseph Kabila.
De même, le projet de changement constitutionnel, qui se voit accéléré par l’adoption de la loi sur le référendum, suscite de vives inquiétudes quant à l’avenir institutionnel du pays. Enfin, l’hypothèse d’un dialogue national semble se préciser avec la constitution imminente d’un comité préparatoire, obligeant chaque bloc politique à arrêter une stratégie ferme.
À en croire certains analystes, en bloquant Prince Epenge au sol, les autorités sécuritaires ravivent le débat sur l’exercice des libertés publiques et de la liberté de mouvement des acteurs politiques en République démocratique du Congo.
MATSHI Darnell