Paix en RDC: Pour Katumbi, l’accord de Washington n’est « pas suffisant » sans un dialogue national inclusif

Moïse Katumbi, l’un des principaux leaders de l’opposition congolaise et président du parti Ensemble pour la République, plaide avec insistance pour un dialogue national inclusif afin de sortir la République Démocratique du Congo de la crise multidimensionnelle qu’elle traverse. Dans un entretien diffusé en ligne, il a affirmé que l’accord de Washington reste « pas suffisante » sans un consensus interne.

Selon lui, la situation sécuritaire et sociale du pays, notamment à l’Est avec les exactions des M23, des ADF, et les violences perpétrées par les Mobondo à Kinshasa, reflète un « État [qui] n’existe plus » et une population « abandonnée ».

Il insiste sur l’urgence d’une concertation nationale pour mettre fin à l’effusion de sang: « Nous devons être conscients, nous devons réfléchir et nous devons prendre le courage d’arrêter ça. Et la seule façon qu’on peut arrêter ça, c’est seulement avec un dialogue inclusif. S’il n’y a pas de dialogue inclusif, il n’y aura pas la paix, [qu’] on ne se trompe pas », a-t-il déclaré.

Katumbi s’est appuyé sur l’histoire récente du pays pour illustrer l’efficacité de ce type de mécanisme. Il a évoqué les négociations de Sun City, qui, après les échecs des accords de Lusaka et d’autres pourparlers avec les groupes armés, furent reconnues par la communauté internationale comme la « seule solution pour faire taire les armes » et instaurer la paix.

Il a également exprimé son soutien à l’initiative conjointe de la Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO) et de l’Église du Christ au Congo (ECC), deux confessions religieuses appelant à un dialogue inclusif. Pour Katumbi, si l’« accord de Washington » constitue une « initiative pour ramener la paix dans notre pays », il doit impérativement être « accompagné d’un dialogue inclusif pour aussi rassurer les investisseurs ».

Des « mensonges » du parti présidentiel?

Réagissant aux accusations de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), selon lesquelles la démarche soutenue par les Églises viserait à écourter le mandat du président Félix Tshisekedi ou à favoriser un « partage du pouvoir », Katumbi a rejeté ces allégations, les qualifiant de « faux débat » et de « mensonges ».
« Je crois que peut-être ils ont une usine où on fabrique le mensonge ou une usine des injures. Ils pouvaient quand même peut-être produire ces mensonges-là pour ramener la paix dans notre pays ou pour nourrir le peuple congolais avec le mensonge », a-t-il ironisé.

Réaffirmant son attachement à la légalité et à la Constitution, il a souligné le respect des mandats présidentiels: « Nous avons une constitution que nous devons respecter. Le président a été élu pour un mandat de 5 ans… Je suis légaliste, je suis un grand démocrate », a-t-il précisé. Pour lui, le dialogue n’est pas synonyme de changement de régime anticonstitutionnel, mais un acte d’« amour de notre pays ».

Rappel au respect des Églises et de l’héritage démocratique

L’ancien gouverneur du Katanga a défendu le rôle des Églises, rappelant leur implication historique, notamment lors de la signature de l’Accord de la Saint-Sylvestre en 2017. Il a souligné que la CENCO et l’ECC ont toujours agi dans l’intérêt du peuple congolais, et non pour servir un individu ou un parti.

S’adressant à l’UDPS, Katumbi a rappelé que le parti présidentiel avait lui-même bénéficié du soutien de l’Église catholique lorsque Félix Tshisekedi était encore dans l’opposition: « Si le président Tshisekedi aujourd’hui est au pouvoir, c’est grâce à la CENCO. Il a eu l’accord de la Saint-Sylvestre. C’était aussi un dialogue. Est-ce qu’on avait écourté le mandat du Président Kabila? Non », a-t-il souligné. Et d’ajouter: « L’Église catholique n’était pas en train de supporter l’opposition. L’Église catholique était en train de supporter le peuple congolais ».

Mise en garde contre le changement constitutionnel

Katumbi a exprimé son opposition ferme à toute tentative de révision de la Constitution, estimant qu’il s’agit là encore d’un « faux débat » qui ne ferait qu’aggraver les tensions dans le pays.
« Les gens qui vont changer notre Constitution seront les ennemis du peuple congolais. Ils seront responsables de la balkanisation de notre pays », a-t-il averti, appelant le chef de l’État à ignorer les « mauvais conseils » de son entourage et à se concentrer sur les véritables priorités: la paix, le social et les infrastructures.

Moïse Katumbi a également lancé un appel solennel à la conscience collective: « Aimons notre pays. Ramenons la paix dans notre pays. La seule solution, c’est un dialogue inclusif ».

MATSHI Darnell

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